Il y a des jours comme celui là où, tu te dis intouchable, inébranlable, à l’abri d’une quelconque menace. Gaétan Le Vampireux me dit au réveil : «  Bo-Jeu, il y a ma fiancée qui nous invites au retrait de deuil de son arrière-arrière grand-père. S’il te plait, porte quelque chose de propre, toi qui aime tant boire, tu vas être servi. Promets moi seulement de ne pas faire pipi-caca lorsque tu seras dans les pommes … ». Incroyable ! Ce garçon m’étonnera toujours. Il n’est plus Gaétan le Vampireux, mais Gaétan Le Caméléon

 

Nous sommes sur la Nationale 1, la seule route qui relit Loubev à toutes les autres provinces. Si elle est coupée, eh bien les gabomas vont être obligés de retrousser leurs pantalons et créer des pistes de solutions. Nous sommes arrivés au village Nkone nzogh. Un village assez banale : une grande cour et des maisons de part et d’autres de la « voie », avec un corps de garde au centre. Cela ressemble bizarrement au même plan d’urbanisation des mapanes de Loubev. On balance les ordures derrière la maison, on ne se dit bonjour que lorsqu’il y a des réjouissances et des décès. Du copié collé, du grand art.

Gardez-vous, lui dis-je, de ne pas sortir la nuit au village

Il est cinq heures du matin, M.  Pierre NDEMBOY, invité à cette cérémonie par l’une de ses nombreuses maîtresses, est un homme assez influent dans les hautes sphères de la République. Son seul souci, c’est qu’il a toujours faim. Sa libido ne lui laisse pas le temps de souffler. Vous l’aurez comprit, NDEMBOY est un gros consommateur de femme-enfant. La chambre que j’occupe avec une marmaille d’adolescents qui pue des fesses, est voisine à la sienne. Se sentant dans le besoin et, pour ne pas réveillé la maisonnée par les grincements des portes, il se dirige d’un pas lent vers les toilettes. Celles-ci sont sur pilotis et situés derrière les habitations, comme il y en a dans certains quartiers de Loubev.

Les rayons du soleil n’ont pas encore percé les ténèbres. Eclairé par la torche de son téléphone portable, il s’accroupit au dessus du trou. La forte odeur pestilentielle remplaçait le parfum de marque, dont il s’était arrosé pour son éventuel départ en « catimini ». Tout à son affaire, il semble percevoir un bruit. Balayant le fond du trou avec sa ‘’torche’’, il sursaute. Quatre minuscules yeux rouges arrivent dans sa direction à toute vitesse. «Hiiéééé, ça c’est quoi ?! » s’exclame-t-il en se redressant brusquement, la peur au ventre et, les étrons aux bords du trou de balle.

L’honneur sali d’un ponte de la République

Sans se soucier des excréments qui coulaient le long de son entre-jambe, il remet aussitôt son pantalon.  Au même moment, un gros rat suivi d’un serpent,  sort du trou ! Pierre NDEMBOY bondit tel un ressort et, d’un coup d’épaule, défonce ce qui ressemblait à une porte et sortit en criant : «Au secours, à l’aide ! On veut m’assassiner ! » C’est comme si tout le village était à l’affût du moindre problème qu’aurait eu ce grand ponte: les beaux-frères, les belles-sœurs, les tantes, les oncles, les cousins et les cousines, armés jusqu’aux dents, se retrouvèrent tous autour de NDEMBOY, prêts à en découdre avec les indélicats. «Où sont-ils, où sont-ils… ? » crie dans la foule excitée, un gringalet aux yeux de crapaud, brandissant une énorme machette appelée localement « nzoghbam».

Tremblant de tout son corps, Pierre désigna un buisson dont le feuillage fut immédiatement arraché par le groupe armé. Surprise totale. Certains voulaient en rire mais se retenaient, tellement le spectacle qui s’offraient à leurs yeux paraissait comique : un petit serpent noir de moins d’un mètre, était enroulé sur lui-même. Son corps était déformé par le rat-palmiste qu’il venait d’avaler. D’un coup de hache précis, sa vie s’arrêta là ! L’incident fut clos. Chacun repartit chez lui. Pierre NDEMBOY et sa maîtresse dans leur chambre. Mais avant cela, on se rendit compte d’un détail : après la mise à mort du serpent, les regards moqueurs et dégoûtés de sa belle famille se concentraient sur son pantalon. L’odeur qui s’en dégageait le fit tourner de l’œil et il comprit dans sa fuite, qu’il avait remis son pantalon, et…ses excréments avec ! Le vampire.

Il est maintenant dix heures du matin. Se retenant de fuir comme un enfant qui avait tout fait dans ses draps, Pierre NDEMBOY se dirige d’un pas serein vers la place du village. Comme tout bon politicien, il se rend au corps de garde, salue les anciens et dépose une enveloppe épaisse comme trois doigts et fit cette recommandation : «Ba tate, ba nâne, voici, je m’en vais. Gardez-vous de parler de cette mésaventure à quiconque. Je compte sur votre discrétion.» Et c’est  à bord de son véhicule neuf, un gros 4×4 tout terrain, qu’il s’éloigna dans un crissement de pneus et de poussière.

Plus rien ne sera comme avant désormais. Aux dernières nouvelles, Pierre NDEMBOY n’a plus remit ses pieds dans ce village, oubliant sa maîtresse et sa ‘’belle famille’’. Il s’est réfugié dans ses appartements luxueux de Loubev et a changé de numéros portables. Le black-Out complet. Depuis, lorsque l’on a envie de rigoler au village Nkone Nzogh, on raconte l’histoire de ce ministron qui a fait pipi-caca dans son slibard. Pour moi quoi, lui-même là-bas.

VN:F [1.9.16_1159]
Evaluez cet article
Rating: 6.0/6 (1 vote cast)
LES LATRINES DE LA PEUR, 6.0 out of 6 based on 1 rating